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"LA FIN DE L'EUROPE TANGUY OU LE VERTIGE D'UNE EUROPE LIVRÉE À ELLE-MÊME"


La dernière session plénière du Parlement européen, du 11 au 13 mars à Strasbourg, a été dominée par les questions de défense.


Le 12 mars, le Parlement a adopté la résolution suivante: https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-10-2025-0034_FR.html par 419 voix pour, 204 voix contre et 46 abstentions.


Ci-joint quelques extraits de l’analyse des débats dans un article de La Croix (1) :


"Il n’y a plus un moment à perdre. Les changements à Washington ont créé un sentiment d’urgence".  

L’Union européenne vit un moment « historique », un « séisme », a-t-on entendu. « L’ordre du monde a été bousculé, ainsi que nombre de nos illusions »


Raphaël Glucksmann (Socialiste&Démocrate) décrit la période ainsi :


"C’est la fin de l’Europe-Tanguy, cette Europe qui refusait de quitter la maison de ses parents. Nous vivons un moment de rupture qui nous oblige à une révolution mentale."

Pour la plupart des eurodéputés français, cette émancipation ne provoque aucun traumatisme, du fait de leur héritage gaulliste et de l’idée d’une Europe souveraine


En revanche, pour bon nombre d’élus du centre de l’Europe, il est difficile de se faire à l’idée que le soutien militaire américain n’est plus automatique : 


"Nous ne pouvons plus désormais nous fier aux garanties américaines, car Trump est imprévisible. J’approuve la décision d’aller de l’avant sur une défense européenne. Et il faut le faire vite."

Du côté des soutiens, on trouve la droite (PPE), les libéraux (Renew), les socialistes (S&D), une bonne partie du groupe conservateur (CRE) et les Verts, 


Jordan Bardella, président du groupe des Patriotes (extrême droite), explique qu’il approuve le principe d’un réarmement européen. Mais il souhaite aussi freiner l’aide militaire à l’Ukraine. Il constate que la Russie est « une menace multidimensionnelle ». Mais il juge contraire à nos intérêts de « rentrer en confrontation avec elle ».



Remarques


Cette (longue) résolution - qui fourmille de propositions de nature opérationnelle et technique - se situe délibérément dans le cadre de l’UE27++, selon la ligne du plan Re-Arm Europe dressé par la Commission. 


Si elle fait allusion à la mise en oeuvre d’ « une défense commune » telle que prévue par l’article 42§2 TUE (voir § 83), elle ne fait pas mention de la possible création et institutionnalisation d’un Groupe d’Etat membres déterminés à intégrer, organiser et coordonner plus étroitement leur politique de défense. Tout au plus se réfère-t-elle au mécanisme de « Coopération Structurée Permanente » qui, rassemblant la quasi-totalité des 27 États, n’a guère prouvé son efficacité. 


Et elle ignore les développements en cours d’initiatives intergouvernementales visant à créer - en dehors du cadre communautaire - des sortes de coalitions politico-militaires plus ou moins stables, à objectifs variables et  de caractère plus diplomatique qu’opérationnel entre les principaux États membres (auxquelles des États tiers sont appelés à participer).


En fait, il n’est pas étonnant que le Parlement et la Commission se réfèrent exclusivement - du moins à ce stade - au cadre strict du TUE et de l’UE27++ dont l’expérience a pourtant démontré les limites dans les domaines de la PESC et de la PESD. Il est d’ailleurs douteux que le recours - très hypothétique - au vote majoritaire pourrait surmonter les difficultés inhérentes à la concrétisation et à la mise en oeuvre d’une défense commune à un ensemble aussi hétérogène de 27 États, au surplus en voie d’élargissement à une dizaine d’autres (2).


Mais le débat ne fait que commencer. Peut-être l’idée d’une avant-garde des États membres les plus déterminés et les plus capables d’organiser entre eux une défense véritablement intégrée finira-t-elle par émerger. 

Se poserait alors la question de les réunir au sein d’un éventuel Traité de Défense Européenne, lié aux Traités européens mais en marge de ceux-ci - selon un mode institutionnel éprouvé (cf. Union monétaire, Accord de Schengen, Mécanisme Européen de stabilité, …) (3). 



Jean-Guy Giraud

15 - 03 - 2025



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(2) le § 66 de la résolution fait très justement allusion à "la complexité des processus décisionnels au niveau de la gouvernance de la défense européenne"

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